Page:Rodenbach - Le Règne du silence, 1901.djvu/65

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Et, quant aux arbres vains, dont c’est l’orgueil aussi
D’être répercutés dans l’eau qui les fait vastes,
Vite ils voient dépérir leur mirage transi.
Même le clair de lune et les étoiles chastes,
Encore que l’eau fière et triste soit leur sœur,
Ne vont pas plus avant dans cette eau qui les porte,
— Malgré leur insistance et leur air de douceur, —
Que ne va la lueur dans les yeux d’une morte !
C’est que le cœur de l’eau, si résigné soit-il
A tout ce que la vie impérieuse inflige
Et le contraint à réfléchir dans son eau lige,
Ne garde des objets qu’un reflet volatil,
Et se conserve intact comme un cœur de poète.
Asile impénétrable où rien n’est descendu
Des choses d’alentour dont le mirage est dû,
Mais où l’éternité du ciel seul se reflète.