Page:Rodenbach - Le Règne du silence, 1901.djvu/66

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V

Dans le cadre précis du bassin d’eau dormante
Où gît l’eau nostalgique et qu’un regret tourmente,
Tout est gris-doux comme la fin d’un demi-deuil.
L’eau se dilate ; elle a des transparences d’œil,
Œil bénin, œil de femme où tout un ciel se rêve,
— Oh ! L’émoi de descendre en cet iris profond
Et dans cette prunelle où les nuages vont ! —
Mais l’ivresse de s’y rêver divin est brève
Car on se heurte vite aux si courtes parois,
Quand le cristal se brise en brusques désarrois
Et qu’un gouffre mortel, quoique exigu, succède
À tout cet infini qu’on supposait dans l’eau !