Page:Rodenbach - Le Règne du silence, 1901.djvu/69

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



Qui se traînent sur les grand’routes d’où l’on sent
Leurs plaintes, qui sont des plaintes d’oiseaux en sang,
S’égoutter et se fondre en l’eau qui les délaye
Sa voix est triste encor d’un spleen plus volatil.
La voilà s’affligeant du départ en exil
De la fumée, au loin, que la bise balaie,
Et qui, violentée, abandonne dans l’air
Ses voiles, et dans l’eau vient mourir toute nue…
Que de choses enfin, brèves comme un éclair,
Que la voix de l’eau mire et qu’elle continue,
Survivance de tant de reflets dans sa voix !
Voix qui prolonge un peu les voix qui se sont tues,
Voix triste qu’on dirait posthume et d’autrefois,
Voix qui parle comme regardent les statues.