Page:Rodenbach - Le Règne du silence, 1901.djvu/70

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VII

Le cœur de l’eau pensive est un cœur nostalgique,
Cœur de vierge exaltée en proie à l’idéal,
Qui souffre d’être seule, et qu’aucun ne complique
D’un peu de bruit ce grand calme qui lui fait mal ;
Cœur de l’eau sans tristesse et cependant nocturne,
Cœur de l’eau variable et toujours ignoré,
Qu’un clair d’amour sans doute aurait édulcoré
Et qui s’aigrit, ô cœur à jamais taciturne !
Certes quelques reflets hantent ce cœur de l’eau ;
Mais toute chose en y descendant se déflore,
Toute chose recule et devient incolore,
Y propageant un froid d’absence et de tombeau