Page:Rodenbach - Le Règne du silence, 1901.djvu/71

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Et comme une douleur d’adieux qui diminue…
L’eau n’en est que plus triste, attendant, l’air songeur,
Quelqu’un qui ne vient pas par la pâle avenue
Que les arbres mirés enfoncent dans son cœur.
Hélas ! L’eau solitaire et fantasque frissonne,
Elle qu’on n’aime pas et qui n’aime personne,
Et qui meurt d’être seule en cette fin du jour,
Surtout que des amants vont devisant d’amour
Et sur ses bords, dans elle, effeuillent des paroles :
Bouquet d’aveux que son silence a recueilli,
Propos finals, lis morts des volontés trop molles,
Ô pénultièmes fleurs d’un cœur presque cueilli !
Or ces aveux que l’eau fiévreuse s’assimile
Lui donnent un émoi, toute une anxiété
Comme si devenue elle-même nubile
C’était enfin la fin de sa virginité !