Page:Rodenbach - Le Règne du silence, 1901.djvu/75

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Et qui, plein de mirage, est comme un ciel en marche,
Tout nostalgique en des recherches d’infini !
Qu’importe ! Il vit déjà d’éternité. Car ni
Les quais de pierre stricts, ni tel vieux pont d’une arche
N’empêchent la descente en lui du firmament ;
Ou la fumée éparse, au doux renoncement,
De le suivre dans l’air en chemin parallèle ;
Ou les cygnes royaux sur ses bords d’ouvrir l’aile,
Graduel déploiement d’un plumage inégal
Qui mire dans l’eau plane un arpège de plumes !
Ainsi le long du quai rêve le vieux canal
Où les choses se font l’effet d’être posthumes
Parmi cet au delà de silence et d’oubli…
Mais tout revit quand même en son calme sans pli.
Or s’il reflète ainsi la fumée et les cloches
C’est pour s’être guéri de l’inutile émoi ;
Aussi le canal dit : « Ah ! Vivez comme moi !… »
Et son eau pacifique est pleine de reproches.