Page:Rodenbach - Le Règne du silence, 1901.djvu/92

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Vieilles maisons de qui les toitures minées
Voient dépérir, autour des noires cheminées,
Les tuiles rouges qui s’effeuillent lentement
Comme un jardin de grands géraniums qui meurent !

Ô déclin des maisons ! Ruine ! Dénouement !
À peine d’autrefois quelques nymphes demeurent
Aux bas-reliefs fleuris où leur printemps dansait ;
On les voit chaque jour se débander ; et c’est
Triste comme un départ, leurs danses finissantes ;
Si triste ! Tel un soir de noce ou de moisson…
— Un faune sur sa flûte essaie encore un son ; —
Mais les nymphes, autour, sont déjà presque absentes,
Mordant un raisin vide et noir, par dernier jeu ;
Nymphes de qui la troupe a souffert sous la pluie
Et dans l’intérieur des murs est comme enfuie
N’ayant plus que le geste ébauché de l’adieu !
Car tout s’en va ! Tout meurt ! Les pierres sont fanées ;
Les bouquets de sculpture, en débris lents, vont choir,
Comme déguirlandés du tombeau des années
Tant leur effeuillement dans l’air sonore est noir.