Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/1426

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Voyons maintenant de quelle manière, disciple de Trudaine, lui aussi, et son « agent d’exécution, il opéra en Picardie :

Sa nomination est du 16 juillet 1766. Mais il ne se pressa pas de se rendre à son nouveau poste ; en septembre, il faisait un voyage en Provence, pour s’instruire de l’industrie de cette région. Il dut arriver à Amiens en novembre.

Dès son arrivée, précédé des lettres les plus flatteuses de l’Intendant du Languedoc, muni des attestations les plus honorables des fabricants de Clermont-de-Lodéve, plein des devoirs et des droits de sa nouvelle fonction, il se met à l’œuvre et commence par provoquer une sorte, d’enquête générale sur l’industrie de son nouveau ressort.

La situation était des plus troublées. Depuis qu’en 1762 un arrêt du Conseil avait permis la fabrication dans les campagnes, les fabricants et marchands d’Amiens, atteints dans leur privilège exclusif, avaient été en révolte perpétuelle. On avait même vu le Parlement de Paris, par un arrêt du 11 janvier 1764, ordonner « l’exécution des règlements de la manufacture d’Amiens », c’est-à-dire aller contre l’arrêt du Conseil du 11 septembre 1762, qui autorisait la fabrication dans les campagnes ! On voit que la monarchie absolue n’excluait pas l’anarchie. Il y avait eu des émeutes bruyantes, dont Trudaine et l’Intendant n’avaient pas eu raison sans peine. Les privilégiés d’Amiens avaient fini par céder à peu près, mais, dès l’arrivée de Roland, ils vont remettre en avant leurs vieux griefs :

L’assemblée générale des « gardes en charge, corps et communautés des maîtres saiteurs, hautelisseurs et houpiers » de la ville d’Amiens, consultée par le sieur Roland de La Platière, inspecteur des manufactures entrant en fonctions, déclare « que le plus grand relâchement s’est introduit dans l’exécution des règlements, et que de nouveaux règlements rigoureusement exécutés sont nécessaires », 2 décembre 1766 (Ivent. des Archives de la Somme, C, 245).

Suivent les délibérations : 1° de l’assemblée des notables de la ville, 6 décembre ; 2° de la communauté des marchands des trois corps réunis, 9 décembre ; 3° de la Chambre de commerce de Picardie, même jour. Toutes s’accordent à signaler la décadence de la fabrication, à en voir la principale cause dans l’ordonnance de 1762, qui a permis l’introduction de la manufacture dans les campagnes, et à réclamer l’exécution des anciens règlements « dans toute leur pureté ». C’est une protestation indirecte contre les libertés accordées par Trudaine à l’industrie.

Roland, après s’être rendu compte de l’état des choses, adressa à Trudaine, le 25 décembre 1766, un long rapport, dont nous continuons à emprunter l’analyse à l’Inventaire des Archives de la Somme de M. Georges Durand (Ibid).

« Précis de mes opérations depuis que je suis à Amiens, et réflexions sur une partie des objets qui y ont rapport », par M. Roland. — À son arrivée à Amiens, il ne connaissait pas l’état désastreux

    sans distinguer le père et le fils. Mais c’est du fils que, le plus souvent, il veut parler. Rappelons ici que le père, Daniel-Charles Trudaine, Intendant d’Auvergne du 1730 à 1734, Intendant des finances en 1734, ne devint Directeur du commerce qu’en 1749, et que son fils, Philibert Trudaine, distingué d’ordinaire sous le nom de Trudaine de Montigny, lui fut adjoint dès 1757. C’est donc à celui-ci que Roland eut affaire pendant la plus grande partie de sa carrière.