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LITTÉRATURE DE GUERRE

courants d’esprit qui règnent dans cette jeune Allemagne intellectuelle[1].

C’est un fait constaté dans tous les pays que partout les sentiment les plus exaltés se sont manifestés chez les littérateurs ayant passé el mezzo del cammino. Nous en rechercherons la raison un autre jour. Pour l’instant, il nous suffit de le vérifier, une fois de plus, chez les écrivains allemands. Presque tous les poètes célèbres et couronnés, tous ceux qui étaient riches d’années et de renommée, dès la guerre lâchée, ont été emportés, comme une plume, par le courant. Le fait est d’autant plus curieux que certains jusque-là étaient les apôtres de la paix, de la pitié, de l’humanitarisme. Dehmel, l’ennemi de la guerre, l’ami de tous les hommes, Dehmel qui ne savait pas, disait-il, auquel de dix peuples il devait son cerveau, entonne des chants de bataille (Schlachtenlieder) et des chants du drapeau (Fahnenlieder), apostrophe l’ennemi, chante la mort, et la donne : (à cinquante et un ans, il apprend à manier une arme et s’engage contre les Russes). Gerhart Hauptmann, « le poète de l’amour parmi les hommes », comme l’appelle Fritz von Unruh,

  1. Je laisse au second plan l’appréciation littéraire des œuvres, pour y chercher surtout des témoignages sur la pensée de l’Allemagne.