Page:Rolland - L’Âme enchantée, tome 3.djvu/73

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échappait, de tout ce qui se passait, dans la maison et au dehors. Ses yeux et ses oreilles, son flair, son corps entier, pareil à une caisse de résonance, captaient les ondes nerveuses, qui rayonnaient de ces âmes chargées d’électricité. Il avait un instinct inquiétant, plus mûr que son intelligence, qui subodorait les drames troubles de la conscience.

Longtemps avant les autres, il avait lu sous la nuée fuligineuse, le destin de ses deux voisins, le frère et la sœur, — lu sans comprendre, mais lu au fond. Longtemps avant sa mère, il avait saisi la métamorphose qui s’opérait en Clarisse Chardonnet. Annette en restait encore au désespoir de la délaissée, quand il voyait la mue et le nouveau plumage. Il l’épiait à travers la cloison. Quand elle sortait, il était là, dans l’escalier, pour respirer son sillage musqué. Les moindres transformations dans sa mise et ses façons étaient enregistrées. Il eût été le mari ou l’amant, qu’il n’en eût pas été plus occupé. Ce n’était pas qu’il l’aimât. Mais une curiosité l’enfiévrait, qui n’était pas innocente. Ces âmes, ces corps de femmes… Voir ce qu’il y a dedans !… Il la devinait coupable, avant qu’elle ne le fût. Elle n’en était que plus attrayante. Il eût voulu la suivre — non ! — être en elle — Qu’est-ce qui se passe sous ce sein ?… Goûter ses désirs, ses tressaillements secrets, ses pensées défendues… Ses sens n’étaient encore qu’à