Page:Rollinat - Choix de poésies, 1926.djvu/261

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Gautier ! ciseau païen sculptant dans la matière
Les glorieux contours d’un buste sans égal,
Palais de la couleur, où la nature entière
Rit sur des plafonds d’or embrumés d’idéal.

Bouilhet ! ravin boisé dont les bruits vous enchantent,
Savoureur d’exotisme et barde magicien,
Qui dans un chatoiement d’escarboucles qui chantent
Evoque tout un monde antédiluvien.

Flaubert ! scalpel des sens et bistouri de l’âme
Qui fouille l’être et sonde impitoyablement
Cette lubricité qui s’appelle : la femme,
Et cette lâcheté qui s’appelle : l’amant.

Baudelaire ! Élixir de spleen et d’ironie,
Harem vertigineux des modernes Saphos !
Bal sinistre où l’orchestre a des sons d’agonie,
Et que la mort traverse en agitant sa faux.

Pierre Dupont ! senteur, âme des sapinières,
Hymne des raisins mûrs et des jaunes épis,
Clair de lune irisant les flaques des marnières,
Pacage ensoleillé plein de bœufs accroupis.

Barbey d’Aurevilly ! c’est la plume effroyable,
La plume qui fait peur au papier frémissant,
Car elle écrit les mots que lui dicte le diable
Avec du vitriol, des larmes et du sang.