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Ainsi, au moment de la plus forte influence anglaise, l’art anglais n’est pas prêta agir sur la France. Les’ dernières années du siècle marquent chez nous une réaction universelle de l’esprit classique (1). L’anglomanie perd du terrain ; on veut défendre le génie national menacé « par le mélange monstrueux d’un génie qui lui était étranger » (2). L’école de David n’est qu’une des expressions de la Renaissance antique.

La Révolution isole entièrement la France du monde germanique (3) et Napoléon, qui veut ruiner l’Angleterre en la mettant au ban des nations, proscrit « les ridicules et dangereuses productions de l’Allemagne et du Nord » (4).

— « Nous ne sommes pas encore réduits, écrit Savary à M me de Staël (5), à chercher des modèles dans les peuples que vous admirez. » Néanmoins, c’est Napoléon lui-même qui provoque la première action de l’Angleterre sur la peinture française, par son goût pour Ossian. On sait la vogue européenne qu’eurent, dès leur apparition, les poèmes attribués à Ossian par Macpherson (6). « Sous le consulat cette faveur redoubla : le premier consul avait fait d’Ossian son poète... il le lisait sur le navire qui le ramenait d’Egvpte, comme il le relut plus tard sur celui (pii l’emportait vers Sainte-Hélène. « Voilà qui est beau, » disait-il à Arnault(7). » Cette admiration engendra les Poésies galliques de Baour Lormian, et les Bardes de Lesueur ; elle excita aussi l’imagination des peintres sur lesquels l’Angleterre agit ainsi pour la première fois par son esprit et d’une façon détournée. Gros, nous l’avons vu, esquisse en 1810 une Malvina ; Gérard, la même année, peint Ossian. Ingres ébauche, sur un sujet analogue, un tableau qu’il n’achève pas (8) etGirodct, au Salon de 1802, expose Fi ngal et Ossian accueillant les ombres des guerriers français. Ici, les sujets ne sont pas seuls nouveaux. Inspirés par cette poésie grandiose, nébuleuse et impérieuse, les artistes ont tenté d’en traduire quelque chose dans leurs œuvres et ils sont, tout au moins, arrivés à produire, surtout Girodet, des œuvres dont sont étonnés leurs contemporains.

On connaît la scène fameuse qui eut lieu dans l’atelier de Girodet, lorsque (t) J. Texte, op.cit.,y>. 407 etsuiv. ; Louis Bertrand, La Fin du Classicisme et le Retour à l’Antique, 1897. (2) Dorât, cite par Texte, p. 408.

(3) Lady Blennerhassct, 4 /me de Staël et son temps, trad. française, t. II, p. 412 ; J. Texte, op. cil., p. 421 . (4) Rapport d’Esmcnard, dans Wclschinger, La Censure sous le premier empire, p. 249 (cite par Texte, page 422).

(5) 3 octobre 1810, cité dans la Préface du livre de L’Allemagne. (6) Fragments d’ancienne poésie recueillis dans les Higlands d’Ecosse, 1700 ; Fingal, 1702 ; Temora, 1703. Traduction complète par Letourneur, 1777, plusieurs fois réimprimée. J. Texte, op. cit., III, m, 3, p. 382 et suivantes.

(7) Auteur de la tragédie Oscar fils d’Ossian, 1790 ; « Ossian fut l’Homère de mes premières années. » Lamartine, Préface des Méditations.

(8) Au musée de Montauban.