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celui-ci fil, voir son tableau ossianesqueà David. Après un long silence, le maître dit à l’élève : « Ma foi, mon bon ami, il faut que je l’avoue, je ne me connais pas à cette peinture-là ; non, mon cher Girodel, je 11 e m’y connais pas du tout. »

Les louanges de Napoléon ne consolèrent pas Girodel de ce jugement que le public parut ratifier. Sa tentative n’eut pas de lendemain et, désormais, les peintres surent se garder :

Et dos Fingals et des Oscars

Et du sublime ennui d’un Barde

Qui chante au milieu des Brouillards (1).

L’Angleterre, au moment de ce combat malheureux, se préparait une revanche et, n’ayant pu attaquer la peinture française par sa poésie, elle allait le faire par ses peintres.

Van Dyck avait été le père véritable de la peinture anglaise (2). Il révéla aux Anglais leur propre génie. Son œuvre fut continuée par Pierre Lely (3) qui peignit, pour Charles II, la célèbre galerie des Beautés du château de Hamplon Court (4). Peintre prestigieux et superficiel, Lely exagéra le miroitement et l’éclat des étoffes, visa uniquement à l’effet et négligea les fonds, qu’il forma de draperies indistinctes ou de paysages à peine indiqués. Cette négligence allait devenir, en se systématisant, la source de l’originalité de l’école anglaise. L’impression laissée par Van Dyck et par Lely avait été si profonde que, lorsqu’au dix-huitième siècle, la peinture sortit d’une longue débilité, ce fut à leur tradition que se rattachèrent les plus grands esprits. En vain, des peintres corrects et médiocres, James Barry (5) et surtout West (6), allaient-ils bientôt conseiller l’étude de l’antiquité et de l’Italie, Reynolds et Gainsborough suivirent une route toute opposée et dotèrent l’Angleterre d’une esthétique personnelle.

Dans cet art nouveau, ou renouvelé de Rubens, la science du dessin, la correction avaient peu de prix, par contre l’expression, le coloris, la grâce, l’effet jouaient un rôle essentiel.

(1) Lebrun, Ode sur Homère et Ossian.

(2) Fromentin, Les Maîtres d’autrefois.

(3) 4617-1680.

(-1) Salle VI, King William’s, III, bed-room. (5) 1741-1806, Le musée de Soulh-Kensington exposait de lui, en 4894, une Tentation dans le Paradis, d’un travail correct et académique.

(6) 1738-1820, doit être étudié i Ilampton-Court où sont exposés la célèbre Mort du général Wolfe, des tableaux classiques (Cyrtis, Epaminondas, Annibal, etc.) ; Le Reniement de saint Pierre, La Mort de Bayard, Saint-Georges. Voir, à l’hôpital de Greenwich, une ridicule allégorie : Y Immortalité de Nelson.