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ALAMANIE ET BOURGOGNE TRANSJURANE

air irrité et leur dit d’une voix menaçante : « Quant à vous, jeunes orgueilleux, vous avez délaissé l’étude pour le jeu. Je fais peu de cas de votre noblesse et de vos beaux habits. Si vous ne rachetez pas votre paresse par un travail persévérant, vous n’obtiendrez jamais rien du roi Charles. »

On peut reprocher à Charlemagne ses longues guerres ; ce fut une charge écrasante pour le peuple, qui était astreint à servir dans les armées. Ces luttes étaient sanglantes. Les vaincus étaient cruellement traités. Dans une guerre contre les Saxons, 4 500 prisonniers furent massacrés.

Malgré le christianisme, les mœurs étaient grossières. La vie d’un homme comptait pour peu de chose. Il y avait peu de moralité chez les nobles et dans le peuple. Charlemagne, lui-même, ne donna pas toujours le bon exemple.

Le grand empereur mourut en 814 à Aix-la-Chapelle. C’est de cette ville qu’il avait fait sa capitale. On y conserve son trône de marbre et son tombeau.


CHAPITRE IV

LA SUISSE
DU IXme AU XIIIme SIÈCLE

1. Division de l’empire de Charlemagne. — L’empire de Charlemagne ne dura pas. Ses successeurs furent trop faibles pour gouverner un aussi vaste État. L’empire était formé de trois peuples principaux, que nous appelons aujourd’hui les Allemands, les Français et les Italiens. Ces trois peuples se séparèrent. Mais les frontières des États changèrent souvent. L’autorité des rois était très faible. Chaque seigneur voulait être le maître sur son territoire. Par suite, les guerres étaient fréquentes. Les troupes armées dévastaient les campagnes et les paysans souffraient souvent de la famine. La mort de Charlemagne fut suivie, pour le peuple, d’une longue période de misère.

Dans la Suisse actuelle, les seigneurs puissants cherchaient à se rendre indépendants. Les montagnes du pays leur permettaient plus facilement qu’ailleurs de résister aux souverains des grands États. C’est ainsi qu’un nouveau royaume de Bourgogne fut fondé dans la Suisse occidentale. Le nord-est de la Suisse et la Rhétie firent partie du duché d’Alamanie, qui comprenait aussi une partie de l’Allemagne du sud. (Voir la carte en couleur n° 2.)

2. Le second royaume de Bourgogne. — Un seigneur puissant dominait dans la Suisse occidentale ; c’était le comte Rodolphe. En 888, il se fit couronner roi de Bourgogne, sous le nom de Rodolphe Ier, dans l’abbaye de Saint-Maurice, en Valais. Ce royaume est appelé royaume de Bourgogne transjurane[1] ou second royaume de Bourgogne.

Monnaie de la Bourgogne transjurane.
Fig. 33. — Monnaie de la Bourgogne transjurane.

Sous Rodolphe II, successeur de Rodolphe Ier, le royaume atteignit sa plus grande puissance. Il s’étendait jusqu’à Bâle et à l’Argovie, jusqu’à la Saône et à la France méridionale. Rodolphe II épousa Berthe, fille du duc d’Alamanie. À sa mort, son fils Conrad était trop jeune pour régner. La reine Berthe prit le pouvoir. Elle fut généreuse et bienfaisante. La tradition la représente voyageant à travers son royaume, de Lausanne à Payerne et à Neuchâtel, filant sa quenouille tout en chevauchant, rendant la justice et faisant du bien. Le souvenir de la bonne reine Berthe s’est conservé dans le pays.

Conrad, devenu roi, eut à combattre les bandes armées des Hongrois et des Arabes ou Sarrasins. C’étaient de nouveaux barbares pillards dont la Suisse souffrit horriblement. Rodolphe III, successeur de Conrad, fit don de ses États à l’empereur d’Allemagne. Après la mort de Rodolphe III, qui eut lieu en 1032, l’empereur Conrad II, surnommé le Salique, vint prendre possession du royaume. Il

  1. Le mot transjurane est formé du mot latin trans, qui signifie au delà de, et du nom de Jura. La Bourgogne transjurane était appelée ainsi, parce que, pour les habitants de la France actuelle, elle était située au delà du Jura.