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Page:Rostand - Cyrano de Bergerac.djvu/214

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… Mais je m’en vais, pardon, je ne peux faire attendre :
Vous voyez, le rayon de lune vient me prendre !

(Il est retombé assis, les pleurs de Roxane le rappellent à la réalité, il la regarde, et caressant ses voiles :)

Je ne veux pas que vous pleuriez moins ce charmant,
Ce bon, ce beau Christian ; mais je veux seulement
Que lorsque le grand froid aura pris mes vertèbres,
Vous donniez un sens double à ces voiles funèbres,
Et que son deuil sur vous devienne un peu mon deuil.

Roxane.

Je vous jure !…

Cyrano, est secoué d’un grand frisson et se lève brusquement.

Je vous jure !…Pas là ! non ! pas dans ce fauteuil !

(On veut s’élancer vers lui.)

— Ne me soutenez pas ! — Personne !

(Il va s’adosser à l’arbre.)

Ne me soutenez pas ! — Personne ! Rien que l’arbre !

(Silence.)

Elle vient. Je me sens déjà botté de marbre,
— Ganté de plomb !

(Il se raidit.)

Ganté de plomb ! Oh ! mais !… puisqu’elle est en chemin,
Je l’attendrai debout,

(Il tire l’épée.)

Je l’attendrai debout, et l’épée à la main !

Le Bret.

Cyrano !

Roxane, défaillante.

Cyrano ! Cyrano !

(Tous reculent épouvantés.)
Cyrano.

Cyrano ! Cyrano ! Je crois qu’elle regarde…
Qu’elle ose regarder mon nez, cette Camarde !

(Il lève son épée.)

Que dites-vous ?… C’est inutile ?… Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès !