Page:Rostand - Cyrano de Bergerac.djvu/69

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Cyrano.

Oui… Vous veniez tous les étés à Bergerac !…


Roxane.

Les roseaux fournissaient le bois pour vos épées…


Cyrano.

Et les maïs, les cheveux blonds pour vos poupées !


Roxane.

C’était le temps des jeux…


Cyrano.

C’était le temps des jeux…Des mûrons aigrelets…


Roxane.

Le temps où vous faisiez tout ce que je voulais !…


Cyrano.

Roxane, en jupons courts, s’appelait Madeleine…


Roxane.

J’étais jolie, alors ?


Cyrano.

J’étais jolie, alors ?Vous n’étiez pas vilaine.


Roxane.

Parfois, la main en sang de quelque grimpement,
Vous accouriez ! – Alors, jouant à la maman,
Je disais d’une voix qui tâchait d’être dure

(Elle lui prend la main.)

« Qu’est-ce que c’est encor que cette égratignure ? »

(Elle s’arrête stupéfaite.)

Oh ! C’est trop fort ! Et celle-ci !

(Cyrano veut retirer sa main.)

Oh ! C’est trop fort ! Et celle-ci !Non ! montrez-la !
Hein ? à votre âge, encor ! — Où t’es-tu fait cela ?


Cyrano.

En jouant, du côté de la porte de Nesle.


Roxane, s’asseyant à une table, et trempant son mouchoir dans un verre d’eau.

Donnez !


Cyrano, s’asseyant aussi.

Donnez !Si gentiment ! Si gaiement maternelle !