Page:Rouleau - Légendes canadiennes tome II, 1930.djvu/116

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un plan d’évasion. Une conversation s’engagea donc ainsi ; c’est Pierre Léveillé qui parla le premier :

« — Il paraît que la flotte appareille ce soir, à la marée montante. Si le vent ne souille pas plus fort qu’à présent, elle ne sera pas rendue loin cette nuit. Que comptes-tu faire alors ?

« — Eh bien ! si nous partons à l’heure que nous pensons et si le temps ne change pas, la flotte mouillera ce soir vis-à-vis la Pointe-aux-Trembles pour y attendre l’apparition de l’aurore. Il faut alors que nous abandonnions le pilotage coûte que coûte et que nous filions vers nos amis du fort Jacques-Cartier, qui ont certainement hâte de nous revoir.

« — Comment allons-nous nous y prendre ?

« — Voici mon plan ; Nous coucherons sur le faux-pont et nous feindrons de dormir d’un sommeil de plomb. À minuit, je me charge d’assommer la sentinelle qui se promène là-bas, près de cette chaloupe que tu vois à notre gauche et dont j’ai déjà coupé les amarres qui la retenaient au pont. À nous deux nous la soulevons au-dessus du pavois, nous la lançons à la mer avec deux bonnes rames, nous en prenons le commandement et nous dirigeons notre course sur le fort. Je crois qu’après avoir fait un si grand honneur aux vivres de Sa Majesté George III, nous sommes en état de donner un bon coup de poing. Qu’en dis-tu, Léveillé ?

« — Je dis qu’il nous sera beaucoup plus facile d’étriper les marins anglais que de les piloter jusqu’à