Page:Rouleau - Légendes canadiennes tome II, 1930.djvu/131

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de tout temps considéré le docteur l’Indienne comme un être qu’il fallait éviter. Il ne se gênait pas de dire qu’il le croyait capable de commettre un crime.

On regardait l’Indienne comme un homme de talent. Il était assez intéressant dans sa conversation, affable, aimant aussi à causer de chasse et de pêche, dont il était passionné ; mais, malgré ses instances auprès des amateurs pour l’accompagner dans ses excursions, peu acceptaient ses avances, tant la crainte qu’il inspirait était grande. On ne s’approchait de sa maison qu’avec un certain malaise. En causant de lui dans l’intimité, une fois les langues déliées, on lui attribuait même la disparition de quelques passants qu’on n’avait pas revus dans les environs depuis (et qui peut-être vivaient longtemps après).

Cependant un jeune de Gaspé, ou plutôt de Beaujeu, je crois, parent du seigneur, avait quelquefois accompagné l’Indienne à la chasse. Or, un dimanche, il partit pour faire la chasse aux Rochers, au large des Trois-Saumons. Il ne revint pas. Il faisait un fort vent. Vers le soir, l’Indienne arrivait seul en chaloupe des Rochers. Cependant un citoyen de l’endroit, qui avait observé le fleuve dans l’après-midi au moyen d’une longue-vue, assura avoir vu une chaloupe laisser les rochers, et qu’elle contenait deux hommes ; et, d’après lui, c’était la seule et ce ne pouvait être que celle du docteur l’Indienne, qui cependant déclara être revenu seul. M. Gagnon ne