Page:Rouleau - Légendes canadiennes tome II, 1930.djvu/132

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se gêna pas de dire que l’Indienne avait noyé de Beaujeu ; mais personne n’osait encore faire part de ses soupçons à la justice. Plus tard, un autre colporteur entrait chez l’Indienne, causait longuement avec lui, et sortait assez tard pour se rendre jusque chez M. Gagnon, citoyen à l’aise et des plus considérés.

M. Gagnon, informé par le colporteur qu’il retournait sur ses pas pour coucher chez l’Indienne, qui l’avait invité, lui offrit un gîte. Sur le refus du colporteur, M. Gagnon insista et finit par lui dire que l’Indienne était un homme qu’on accusait même de meurtre ; mais tout fut inutile, car ce colporteur se dit convaincu qu’on se trompait, et que, de plus, il se sentait capable de pourvoir à sa propre sécurité ; et, avec un sourire incrédule, il remercia M. Gagnon. La nuit avancée, M. Gagnon, qui dormait d’un sommeil inquiet, entend frapper à sa porte. Il s’empresse d’ouvrir et se trouve en face du colporteur de la veille : celui-ci est à moitié habillé et la figure décomposée, et, d’une voix tremblante, il lui fait le récit suivant :

« En arrivant chez le docteur, ce dernier me fit souper avec lui, après avoir déposé mes malles dans une chambre. Après le souper, la conversation devint plus intime en fumant. Le docteur me proposa de tirer au poignet : j’eus le dessus ; ensuite il me proposa d’essayer nos forces à bras-le-corps. La lutte fut rude, et je trouvai que le docteur y mettait une ardeur que je trouvais excessive. Cette fois