Page:Rouleau - Légendes canadiennes tome II, 1930.djvu/59

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coulait à flots, trois jeunes gens du village avaient passé la veillée au moulin seigneurial, rendez-vous des amateurs de gigues, de reels, de plongeuses, de danses rondes, d’ailes de pigeons. Sur le minuit, ils reprenaient le chemin du village tout à fait gaillards, riant des prouesses et des gaucheries dont ils venaient d’être témoins. Comme ils passaient devant le calvaire, qui s’élevait alors à un mille à l’est du moulin, aucun d’eux n’ôta son chapeau ni ne fit le signe de la croix. Cette irrévérence leur porta malchance.

« — Mes fistons, dit l’un des trois, ne trouvez-vous pas comme moi que c’est éreintant de s’en aller comme cela à pied dans le chemin du Roi, après avoir eu autant de plaisir et brûlé le plancher du moulin pendant quatre heures consécutives ?

« — Oui, reprend un autre, c’est fâcheux de n’avoir pas un ami assez généreux pour nous prêter sa cavale, qui nous aurait transportés chez nous dans le temps de le dire. Il n’y a pas un seul de nos danseurs qui pense à nous après la veillée. Il faut se morfondre pour faire plaisir à ces gens-là et eux…

« — Écoute, dit le premier, n’entends-tu pas venir un cheval au galop ? Oui, c’en est un, et il se démène tout aussi fièrement que vous autres tantôt. »

« Et de fait, arrive à eux, au grand galop, un splendide cheval, dont le poil noir reluit aux rayons de la lune. Il n’a ni selle, ni bride, ni licou. Il s’arrête tout net auprès d’eux, il fait trois ou quatre