Page:Rouleau - Légendes canadiennes tome II, 1930.djvu/60

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


tours gracieux et se fouette les flancs de sa longue queue. Il semble offrir ses services.

« — Tiens, Quénon, dirent ses deux compagnons de route, voilà une excellente chance pour toi, prends-la. Comme tu restes plus loin que nous, saute sur cette bête et va te coucher.

« — Oui, mes amis, je suis votre conseil. Quand bien même ça serait le diable métamorphosé en cheval, je vais lui en donner un air d’aller, et tu vas suer, mon beau, dit-il en lui caressant le cou. Regardez-moi faire. »

« Aussitôt dit, aussitôt fait. Quénon saisit la crinière d’une main vigoureuse et, d’un élan, le voilà sur le dos du plus magnifique coursier qu’il ait enfourché de sa vie.

« Mais à peine Quénon est-il à cheval, que la bête part comme un éclair. Du premier bond, elle franchit une distance de deux milles ; du deuxième, elle tombe sur le bord d’une rivière ; et, au moment où elle s’élance pour la troisième fois, Quénon, tout navré et perdant haleine, se jette par terre au risque de se casser les os, et il la voit continuer ses bonds effrayants. La voilà dans le fleuve ; ses pattes touchent aussi légèrement l’eau que tantôt la terre. Rendu au milieu du Saint-Laurent, large de cinq lieues en cet endroit, le beau cheval noir fait entendre un rire sardonique, dont les échos se répercutent au loin, et disparaît au milieu d’un nuage de feu et de fumée.