Page:Rouleau - Légendes canadiennes tome II, 1930.djvu/81

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


rivière Jacques-Garlier et à contempler les deux énormes caps qui en gardent l’entrée comme deux sentinelles vigilantes. Ces lieux, remarquables par leur beauté naturelle et pittoresque, ont été le théâtre de luttes héroïques et sanglantes entre les Français et les Anglais. Le soc de la charrue du laboureur a plus d’une fois ramené sur la surface du sol des débris de sabres et de mousquets, comme pour inspirer aux générations futures le respect qu’elles devront à la mémoire des vaillants capitaines qui ont arrosé de leur sang ces champs de bataille.

« Outre les brillants faits d’armes compulsés par les historiens, les anciens de la paroisse ont recueilli de la bouche de leurs aïeux une foule de légendes merveilleuses, des contes de revenants, de loups-garous, etc. La légende du moulin du Diable, entre autres, a été, pendant plus d’un siècle, un sujet de terreur pour toute cette région ; car on le disait hanté par le diable lui-même, et c’est pour cela qu’on l’avait baptisé de ce nom peu poétique. Le moulin dont je parle s’élevait dans le « Fonds de Jacques Cartier » ; mais, aujourd’hui, on n’en voit plus que les ruines. Toutes les fois que je passais près de cette vieille masure, même en plein jour, j’étais saisi de frayeur ; car il me semblait voir à travers les ruines la ligure de quelques diablotins avec leurs grandes cornes, leurs longues queues et leurs fourches traditionnelles.

« Par un beau soir du mois de juillet, désirant