Page:Rouleau - Légendes canadiennes tome II, 1930.djvu/82

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


respirer l’air embaumé de mon pays et me reposer dans la solitude, je pris le chemin qui conduit à Jacques-Cartier, et je descendis sur le bord de la rivière du même nom. Le soleil disparaissait alors derrière les grands arbres qui se dressent majestueusement sur la falaise du Cap-Santé, et les ténèbres s’allongeaient peu à peu sur l’onde bondissante. Le spectacle qui se déroulait devant moi aurait fait le sujet d’une magnifique peinture ; je le contemplais avec allégresse, mais je ne pouvais m’empêcher d’éprouver en même temps un sentiment d’effroi, parce que j’entrevoyais dans le fond noir du tableau les ruines du moulin du Diable.

« Je continuai cependant ma promenade, et je me préparais à allumer ma pipe, lorsque j’entendis un bruit semblable à celui que fait une petite pierre qu’on lance dans une rivière. Je regardai de tous côtés, et j’aperçus bientôt la silhouette d’un homme robuste qui, assis sur le sommet d’un rocher, faisait la pêche au doré. Je m’approchai tranquillement du pêcheur, que je reconnus aussitôt, et je l’apostrophai ainsi :

« — Holà ! père Godin, il paraît que vous n’avez pas peur du diable, puisque vous péchez à la brunante si près de sa demeure. »

« Le père Godin, tout occupé au plaisir de la pêche, ne m’avait pas entendu venir vers lui ; aussi fit-il un bond prodigieux à cette exclamation ; mais il reprit bientôt son aplomb et me répondit :

« — Ah ! bonsoir, mon petit Louison. Moi avoir