Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/126

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Et quand passe, le train des chars précipités,
Je dis avec orgueil : Gloire aux folies cités !
J’aime l’activité bruyante et lucrative ;
L’homme n’est pas créé pour la vie orative ;
Il est fait pour combattre, en ardent citoyen :
Le froid contemplatif n’est qu’un théoricien !
Ô Thébaïde antique, ô Solitude sainte,
Ton autel est sans prêtre et ta gloire est éteinte !
Tu n’as plus pour t’aimer de séraphiques cœurs ;
Tu n’as plus contre moi d’éloquents défenseurs : —
Où sont de tes soldats les puissantes phalanges ?
Où sont-elles, ces voix qui chantaient tes louanges ?
Poète, philosophe, orateur, tous, oui, tous,
Abandonnent ton culte à de sublimes fous ! —
Quel apôtre aujourd’hui, même au centre de Borne,
Oserait te louer comme l’ardent Jérôme ?
Ainsi que Chrysostome ou Basile-le-Grand,
Pour toi, qui verserait, harmonieux torrent,
De ses paroles d’or la splendide éloquence ?
Contre un siècle agressif, qui prendrait ta défense ?
Contre la multitude, aujourd’hui, quelle voix
S’élèverait encor pour soutenir tes droits ?
Ah ! que sont devenus tes orateurs-poètes ?
Leurs cœurs se sont glacés et leurs voix sont muettes ! —
Le démon du désert, inutile ouvrier,
N’y combat plus des cœurs trop ardents à prier ;
L’homme a compris enfin, dans ce grand siècle athée,
Que le destin de tous c’est la vie agitée ;
Doutant du paradis autant que de l’enfer,
Il a placé son cœur dans l’or et dans la chair ;
Libre de toute règle et brisant toute entrave,
D’un monastère étroit l’homme n’est plus l’esclave !
Gloire aux démolisseurs d’Instituts surannés !
Gloire à vous, ici-bas, Gioberti, Lammenais !
Votre puissant génie a bâti, sur la terre,
Avec l’autel brisé, mon trône populaire !
Le siècle progressif, en son activité,
Condamne les loisirs de la mysticité !
Il est passé le temps du despotique moine ;
Je n’ai plus à tenter Saint Paul ou Saint Antoine !
Autrefois, parcourant l’Orient, l’Occident,
J’ai semé dans l’Église un germe dissident ;
Aux cœurs, devenus mous, le désert devint rude ;
Et je vis l’homme alors aimer la servitude !
On sait ce qu’il advint du monastique esprit ;
L’Orient vit pâlir l’astre de Jésus-Christ ;
Et Dieu, pour réparer la perte orientale,
Fit luire à l’Occident une gloire rivale :
Nous eûmes à combattre, en leur obscur berceau,
Le studieux Benoît et l’austère Bruno ;