Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/32

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Reste et cueille, en chantant, des fleurs de poésie
Pour la blanche Atala que ton cœur a choisie :
Moi, fuyant la cité, je reviendrai souvent
M’égarer avec toi sous les pins, en rêvant ;
Sous leur sonore ombrage et leur vibrante arcade,
Avec toi déclamer Brizeux, Vigny, Laprade !
Oh ! oui, je reviendrai dans ces bois, où tous deux
Nous écoutions le soir les bruits harmonieux ;
Et nous irons encor, dans nos lointaines courses,
Au bord du Tal-oché découvrir d’autres sources ;
Nous irons découvrir, dans les sombres bois-forts,
D’autres abris cachés, aux sauvages abords ;
Nous irons nous asseoir sous notre grand mélèse,
Où nous semblait gémir l’âme de Pergolèse ;
Et nous aurons encor de ces jours de bonheur,
Que ne connut jamais l’esclave agioteur !
L’esprit, dans le désert, s’élève et se dilate ;
Dans le désert, l’amour, l’enthousiasme éclate ! —
Oh ! lorsque j’entendrai le bruit des lataniers,
Qui sous tes pieds légers frissonnent les premiers ;
Le bruit qui par degrés plus sonore m’arrive,
Comme celui du flot qui vient battre la rive ;
Le doux bruit précurseur des feuilles se frôlant
Au passage subit que tu fais en courant :
« Le voila, me dirai-je ; il vient avant l’aurore ;
« Il vient me saluer, lorsque je prie encore ;
« Il vient faire pour moi le mystique café ;
« C’est lui, c’est le chasseur, le taloa nakfé !
« Salut, vaillant chasseur, hâlé par la boucane ;
« Hôte aimé, dont la voix réjouit ma cabane ;
« Ô toi dont le coursier a fait jaillir l’éclair
« Du pavé de silex qui borde le flot clair ;
« Toi qui, pendant quinze ans, dans tes sanglantes chasses,
« Des plus sombres sentiers as vu toutes les traces,
« Chaque soir te mettant sous la garde de Dieu,
« Et t’endorment, alors, tranquille auprès du feu ;
« Salut, frère chasseur ! ta présence bénie
« Électrise mon âme et double mon génie ! —
« Chantez, oiseaux du lac ; chantez, oiseaux des bois ;
« En chœurs harmonieux, faites monter vos voix :
« Un chanteur, comme vous, un tendre et doux poète,
« Vient de franchir le seuil sacré de ma retraite !
« Chante, ô joyeux moqueur ; sors de ton frais abri
« De feuillage, de mousse et de jasmin fleuri ;
« Artiste mélomane, et roi de Philomèle,
« De tes accords divers monte et descends l’échelle,
« Variant, dans ta verve, enthousiaste ou lent,
« Tes accents belliqueux ou ton hymne dolent,
« Et, toujours inspiré, versant tes mélodies