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second barde.


Effrayés, tous les rois de l’Europe,
Au sourd bruit des révolutions,
Murmurent le sinistre horoscope
De la plus jeune des Nations !

Ils rêvent d’arrêter l’Amérique,
D’arrêter l’impétueux géant,
Sur qui plane l’Aigle prophétique,
Qui lui crie : En avant ! en avant !

Qu’ils arrêtent l’élan du génie :
Le Saint qu’entraîne l’Esprit de Dieu ;
Le barde inspiré, dont l’harmonie
Soulève des tourbillons de feu !

Qu’ils arrêtent, dans sa course ardente,
Le soleil illuminant le ciel ;
Qu’ils arrêtent la foudre éclatante,
Où tonne la voix de l’Éternel !

Qu’ils arrêtent le fleuve sauvage,
Dont les flots, poussés vers l’Océan,
Arrachant les arbres du rivage,
Grondent sous l’aile de l’ouragan !

Qu’ils arrêtent, au bord de l’abîme,
Les grandes eaux du Niagara,
Qui, dans leur diapason sublime.
Exaltent le nom de Jéhova ! —

Ils rêvent !… ô rêve chimérique !
Dominant le flot des factieux,
L’Ange gardien de l’Amérique
Sans s’émouvoir, plane dans les cieux !

Étendant ses ailes tutélaires,
Il défendra les États-Unis
Des agitations populaires,
Et de l’esprit fiévreux des partis !

La République sera bénie,
Malgré la haine des potentats ;
Et par l’Union et l’harmonie
Grandiront les trente-trois États.

Oui, malgré l’Angleterre et la France,
Malgré toute l’Europe et ses rois,
Sur son front l’astre de l’espérance
Brillera des splendeurs de la Croix !