Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/180

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nouveau de dessous leur plume, & nous apprendrions ainsi à connoître le nôtre : je dis que quand de pareils observateurs affirmeront d’un tel animal que c’est un homme, & d’un autre que c’est une bête, il faudra les en croire ; mais ce seroit une grande simplicité de s’en rapporter là-dessus à des voyageurs grossiers, sur lesquels on seroit quelquefois tenté de faire la même question qu’ils se mêlent de résoudre sur d’autres animaux.

Pag. 60. ( Note. 11.)

Cela me paroît de la derniere évidence, & je ne saurois concevoir d’où non philosophes peuvent faire naître toutes les passions qu’ils prêtent à l’homme naturel. Excepté le seul nécessaire physique, que la nature même demande, tous nos autres besoins ne sont tels que par l’habitude, avant laquelle ils n’étoient point des besoins, ou par nos désirs, & l’on ne désire point ce qu’on n’est pas en état de connoître. D’où il suit que l’homme sauvage ne désirant que les choses qu’il connoît, & ne connoissant que celles dont la possession est en son pouvoir, ou facile à acquérir, rien ne doit être si tranquille que son ame & rien si borné que son esprit.

Pag. 64. ( Note 12. )

Je trouve dans le Gouvernement civil de Locke une objection qui me paroît trop spécieuse pour qu’il me soit permis de la dissimuler. "La fin de la société entre le mâle & la femelle, dit ce philosophe, n’étant pas simplement de procréer, mais de continuer l’espece, cette société doit durer, même après la procréation, du moins aussi long-tems qu’il est nécessaire pour la nourriture & la conservation des procréés ; c’est-à-dire, jusqu’à ce qu’ils soient capables de pourvoir eux-mêmes à leurs besoins. Cette regle, que la sagesse infinie du