Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/168

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j’y étois encore. Non-seulement je me rappelle les tems, les lieux, les personnes, mais tous les objets environnans la température de l’air, son odeur, sa couleur, une certaine impression locale qui ne s’est fait sentir que là & dont le souvenir vif m’y transporte de nouveau. Par exemple, tout ce qu’on répétoit à la maîtrise, tout ce qu’on chantoit au chœur, tout ce qu’on y faisoit, le bel & noble habit des Chanoines, les chasubles des Prêtres, les mitres des chantres, la figure des musiciens, un vieux charpentier boiteux qui jouoit de la contrebasse, un petit abbé blondin qui jouoit du violon, le lambeau de soutane qu’après avoir posé son épée M. le Maître endossoit par-dessous son habit laique & le beau surplis fin dont il en couvroit les loques pour aller au chœur : l’orgueil avec lequel j’allois, tenant ma petite flûte à bec m’établir dans l’orchestre à la tribune, pour un petit bout de récit que M. le Maître avoit fait exprès pour moi : le bon dîné qui nous attendoit ensuite, le bon appétit qu’on y portoit ; ce concours d’objets vivement retracé m’a cent fois charmé dans ma mémoire, autant & plus que dans la réalité. J’ai gardé toujours une affection tendre pour un certain air du Conditor alme syderum qui marche par jambes ; parce qu’un dimanche de l’Avent j’entendis de mon lit chanter cette hymne avant le jour sur le perron de la cathédrale, selon un rite de cette Eglise-là. Mlle. Merceret femme-de-chambre de Maman savoit un peu de musique : je n’oublierai jamais un petit mottet afferte que M. le Maître me fit chanter avec elle & que sa maîtresse écoutoit avec tant de plaisir. Enfin tout jusqu’à la bonne servante Perrine qui étoit si bonne fille & que les enfans de