Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/245

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entiere. Au milieu de mes crayons & de mes pinceaux j’aurois passé des mais entiers sans sortir. Cette occupation devenant pour moi trop attachante, on étoit obligé de m’en arracher. Il en est ainsi de tous les goûts auxquels je commence à me livrer, ils augmentent, deviennent passion & bientôt je ne vois plus rien au monde que l’amusement dont je suis occupé. L’âge ne m’a pas guéri de ce défaut ; il ne l’a pas diminué même & maintenant que j’écris ceci, me voilà comme un vieux radoteur, engoué d’une autre étude inutile où je n’entends rien & que ceux même qui s’y sont livrés dans leur jeunesse sont forcés d’abandonner à l’âge où je la veux commencer.

C’étoit alors qu’elle eût été à sa place. L’occasion étoit belle & j’eus quelque tentation d’en profiter. Le contentement que je voyois dans les yeux d’Anet revenant chargé de plantes nouvelles, me mit deux ou trois fois sur le point d’aller herboriser avec lui. Je suis presque assuré que si j’y avois été une seule fois cela m’auroit gagné & je serois peut-être aujourd’hui un grand botaniste : car je ne connois point d’étude au monde qui s’associe mieux avec mes goûts naturels que celle des plantes ; la vie que je mene depuis dix ans à la campagne n’est gueres qu’une herborisation continuelle, à la vérité sans objet & sans progrès ; mais n’ayant alors aucune idée de la botanique, je l’avois prise en une sorte de mépris & même de dégoût ; je ne la regardois que comme une étude d’apothicaire. Maman, qui l’aimoit, n’en faisoit pas elle-même un autre usage ; elle ne recherchoit que les plantes usuelles pour les appliquer à ses drogues. Ainsi la botanique,