Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/271

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d’elle pour se les attacher plus fortement. Ce qu’il y a d’extraordinaire est qu’elle a presque toujours réussi. Elle étoit si réellement aimable que plus l’intimité dans laquelle on vivoit avec elle étoit grande, plus on y trouvoit de nouveaux sujets de l’aimer. Une autre chose digne de remarque, est qu’après sa premiere foiblesse elle n’a gueres favorisé que des malheureux ; les gens brillans ont tous perdu leur peine auprès d’elle ; mais il falloit qu’un homme qu’elle commençoit par plaindre, fût bien peu aimable si elle ne finissoit par l’aimer. Quand elle se fit des choix peu dignes d’elle, bien loin que ce fût par des inclinations basses qui n’approcherent jamais de son noble cœur, ce fut uniquement par son caractere trop généreux, trop humain, trop compatissant, trop sensible, qu’elle ne gouverna pas toujours avec assez de discernement.

Si quelques principes faux l’ont égarée, combien n’en avoit-elle pas d’admirables dont elle ne se départoit jamais ? Par combien de vertu ne rachetoit-elle pas ses foiblesses, si l’on peut appeller de ce nom des erreurs où les sens avoient si peu de part ? Ce même homme qui la trompa sur un point, l’instruisit excellemment sur mille autres ; & ses passions qui n’étoient pas fougueuses, lui permettant de suivre toujours ses lumieres, elle alloit bien quand ses sophismes ne l’égaroient pas. Ses motifs étoient louables jusque dans ses fautes ; en s’abusant elle pouvoit mal faire ; mais elle ne pouvoit vouloir rien qui fût mal. Elle abhorroit la duplicité, le mensonge : elle étoit juste, équitable, humaine, désintéressée, fidelle à sa parole, à ses amis, à ses devoirs qu’elle reconnoissoit