Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/285

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J’avois compté trouver Venture encore à Annecy & lui demander une lettre pour l’abbé Blanchard. Il n’y étoit plus. Il fallut pour tout renseignement me contenter d’une Messe à quatre parties de sa composition & de sa main qu’il m’avoit laissée. Avec cette recommandation je vais à Besançon passant par Geneve où je fus voir mes parens & par Nion où je fus voir mon pere, qui me reçut comme à son ordinaire & se chargea de me faire parvenir ma malle qui ne venoit qu’après moi, parce que j’étois à cheval. J’arrive à Besançon. L’abbé Blanchard me reçoit bien, me promet ses instructions & m’offre ses services. Nous étions prêts à commencer quand j’apprends par une lettre de mon pere que ma malle a été saisie & confisquée aux Rousses, Bureau de France sur les frontieres de Suisse. Effrayé de cette nouvelle j’emploie les connoissances que je m’étois faites à Besançon pour savoir le motif de cette confiscation ; car bien sûr de n’avoir point de contrebande, je ne pouvois concevoir sur quel prétexte on l’avoit pu fonder. Je l’apprends enfin : il faut le dire, car c’est un fait curieux.

Je voyois à Chambéri un vieux Lyonnais, fort bon homme appellé M. Duvivier, qui avoit travaillé au Visa sous la régence & qui faute d’emploi étoit venu travailler au cadastre. Il avoit vécu dans le monde ; il avoit des talens, quelque savoir, de la douceur, de la politesse ; il savoit la musique, & comme j’étois de chambrée avec lui, nous nous étions liés de préférence au milieu des ours mal-léchés qui nous entouroient. Il avoit à Paris des correspondances qui lui fournissoient ces petits riens, ces nouveautés éphémeres qui courent on