Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/289

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


il la savoit très bien. L’opéra de Jephté étoit alors dans sa nouveauté ; il en parla, on le fit apporter. Il me fit frémir en me proposant d’exécuter à nous deux cet opéra, & tout en ouvrant le livre il tomba sur ce morceau célebre à deux chœurs :

La Terre, l’Enfer, le Ciel même,

Tout tremble devant le Seigneur.

Il me dit ; combien voulez-vous faire de parties ? Je ferai pour ma part ces six-là. Je n’étois pas encore accoutumé à cette pétulance Françoise & quoique j’eusse quelquefois ânonné des partitions, je ne comprenois pas comment le même homme pouvoit faire en même tems six parties ni même deux. Rien ne m’a plus coûté dans l’exercice de la musique que de sauter ainsi légerement d’une partie à l’autre & d’avoir l’œil à la fois sur toute une partition. À la maniere dont je me tirai de cette entreprise, M. de Sennecterre dut être tenté de croire que je ne savois pas la musique. Ce fut peut-être pour vérifier ce doute qu’il me proposa de noter une chanson qu’il vouloit donner à Mlle. de Menthon. Je ne pouvois m’en défendre. Il chanta la chanson ; je l’écrivis, même sans le faire beaucoup répéter. Il la lut ensuite & trouva, comme il étoit vrai, qu’elle étoit très-correctement notée. Il avoit vu mon embarras, il prit plaisir à faire valoir ce petit succès. C’étoit pourtant une chose très-simple. Au fond je savois fort bien la musique, je ne manquois que de cette vivacité du premier coup-d’œil que je n’eus jamais sur rien & qui ne s’acquiert en musique que par une pratique consommée. Quoi qu’il en