Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/315

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que justice & punition. Elle disoit souvent qu’il n’y auroit point de justice en Dieu d’être juste envers nous, parce que ne nous ayant pas donné ce qu’il faut pour l’être ce seroit redemander plus qu’il n’a donné. Ce qu’il y avoit de bizarre étoit que sans croire à l’enfer elle ne laissoit pas de croire au purgatoire. Cela venoit de ce qu’elle ne savoit que faire des ames des méchans, ne pouvant ni les damner ni les mettre avec les bons jusqu’à ce qu’ils le fussent devenus ; & il faut avouer qu’en effet & dans ce monde & dans l’autre, les méchans sont toujours bien embarrassans.

Autre bizarrerie. On voit que toute la doctrine du péché originel & de la rédemption est détruite par ce systême, que la base du Christianisme vulgaire en est ébranlée & que le Catholicisme au moins ne peut subsister. Maman cependant étoit bonne catholique ou prétendoit l’être & il est sûr qu’elle le prétendoit de très-bonne foi. Il lui sembloit qu’on expliquoit trop littéralement & trop durement l’Ecriture. Tout ce qu’on y lit des tourmens éternels lui paroissoit comminatoire ou figuré. La mort de Jésus-Christ lui paroissoit un exemple de charité vraiment divine pour apprendre aux hommes à aimer Dieu & à s’aimer entre eux de même. En un mot, fidelle à la religion qu’elle avoit embrassée, elle admettoit sincérement toute la profession de foi ; mais quand on venoit à la discussion de chaque article, il se trouvoit qu’elle croyoit tout autrement que l’Eglise, toujours en s’y soumettant. Elle avoit là-dessus une simplicité de cœur, une franchise plus éloquente que des ergoteries & qui souvent embarrassoit jusqu’à son confesseur ; car elle ne lui déguisoit rien. Je suis bonne catholique,