Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/329

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conséquent à cette maniere d’apprendre, est que jamais je n’ai su la prosodie, encore moins les regles de la versification. Désirant pourtant de sentir l’harmonie de la langue en vers & en prose, j’ai fait bien des efforts pour y parvenir ; mais je suis convaincu que sans maître cela est presque impossible. Ayant appris la composition du plus facile de tous les vers qui est l’hexametre, j’eus la patience de scander presque tout Virgile & d’y marquer les pieds & la quantité ; puis quand j’étois en doute si une syllabe étoit longue ou breve, c’étoit mon Virgile que j’allois consulter. On sent que cela me faisoit faire bien des fautes, à cause des altérations permises par les regles de la versification. Mais s’il y a de l’avantage à étudier seul, il y a aussi de grands inconvéniens & sur-tout une peine incroyable. Je sais cela mieux que qui que ce soit.

Avant midi je quittois mes livres & si le dîné n’étoit pas prêt, j’allois faire visite à mes amis les pigeons, ou travailler au jardin en attendant l’heure. Quand je m’entendois appeler, j’accourois fort content & muni d’un grand appétit ; car c’est encore une chose à noter, que quelque malade que je puisse être, l’appétit ne me manque jamais. Nous dînions très agréablement, en causant de nos affaires, en attendant que Maman pût manger. Deux ou trois fois la semaine quand il faisoit beau, nous allions derriere la maison prendre le café dans un cabinet frais & touffu que j’avois garni de houblon & qui nous faisoit grand plaisir durant la chaleur ; nous passions là une petite heure à visiter nos légumes, nos fleurs, à des entretiens relatifs à notre maniere de vivre & qui nous