Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/343

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& sous peine de passer pour un loup-garou, forcé de me présenter à la même table, il falloit bien que cette connoissance se fit ; elle se fit donc & même plus tôt que je n’aurois voulu ; car tout ce fracas ne convenoit gueres à un malade & sur-tout à un malade de mon humeur. Mais la curiosité rend ces coquines de femmes si insinuantes, que pour parvenir à connoître un homme, elles commencent par lui faire tourner la tête. Ainsi arriva de moi. Madame de ***.

[Colombier] trop entourée de ses jeunes roquets, n’avoit gueres le tans de m’agacer & d’ailleurs ce n’en étoit pas la peine, puisque nous allions nous quitter ; mais Madame N***,

[Larnage] moins obsédée, avoit des provisions à faire pour sa route : voilà Madame N***.

[Larnage] qui m’entreprend, & adieu le pauvre Jean-Jaques, ou plutôt adieu la fievre, les vapeurs, le polype, tout part auprès d’elle, hors certaines palpitations qui me resterent & dont elle ne vouloit pas me guérir. Le mauvais état de ma santé fut le premier texte de notre connoissance. On voyoit que j’étois malade, on savoit que j’allois à Montpellier & il faut que mon air & mes manieres n’annonçassent pas un débauché ; car il fut clair dans la suite, qu’on ne m’avoit pas soupçonné d’aller y faire un tour de casserole. Quoique l’état de maladie ne soit pas pour un homme une grande recommandation près des Dames, il me rendit toutefois intéressant pour celles-ci. Le matin elles envoyoient savoir de mes nouvelles & m’inviter à prendre le chocolat avec elles ; elles s’informoient comment j’avois passé la nuit. Une fois, selon ma louable coutume de parler sans penser, je répondis que je ne savois pas. Cette réponse