Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/515

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tirer toutes ces demoiselles chacune à son tour & je vous paierai le tout. Ce mot répandit dans toute la troupe une joie qui seule eût plus que payé ma bourse quand je l’aurois toute employée à cela.

Comme je vis qu’elles s’empressoient avec un peu de confusion, avec l’agrément de la gouvernante je les fis ranger toutes d’un côté, & puis passer de l’autre côté l’une après l’autre à mesure qu’elles avoient tiré. Quoiqu’il n’y eût point de billet blanc & qu’il revînt au moins une oublie à chacune de celles qui n’auroient rien, qu’aucune d’elles ne pouvoit être absolument mécontente, afin de rendre la fête encore plus gaie, je dis en secret à l’oublieur d’user de son adresse ordinaire en sens contraire en faisant tomber autant de bons lots qu’il pourrait, & que je lui en tiendrois compte. Au moyen de cette prévoyance, il y eut tout près d’une centaine d’oublies distribués, quoique les jeunes filles ne tirassent chacune qu’une seule fois, car là-dessus je fus inexorable, ne voulant ni favoriser des abus ni marquer des préférences qui produiroient des mécontentemens. Ma femme insinua à celles qui avoient de bons lots d’en faire part à leurs camarades, au moyen de quoi le partage devint presque égal & la joie plus générale.

Je priai la religieuse de vouloir bien tirer à son tour, craignant fort qu’elle ne rejetât dédaigneusement mon offre ; elle l’accepta de bonne grâce, tira comme les pensionnaires & prit sans façon ce qui lui revint. Je lui en sus un gré infini, & je trouvai à cela une sorte de politesse qui me plut fort & qui vaut bien, je crois, celle des simagrées. Pendant toute cette opé-