Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/138

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qu’il faloit commencer, & c’est précieusement ce qu’d’oublie vos Messieurs. Car enfin quand le traitement qu’on lui fait souffrir seroit doux pour un coupable, il est affreux pour un innocent. Alléguer la douceur de ce traitement pour éluder la conviction de celui qui le souffre est donc un sophisme aussi cruel qu’insensé. Convenez de plus, que ce monstre, tel qu’il leur à plu de nous le forger est un personnage bien étranger, bien nouveau, bien contradictoire, un être d’imagination tel qu’en peut enfanter le délire de la fievre, confusément forme de parties hétérogènes qui par leur nombre leur disproportion leur incompatibilité ne sauroient former un seul tout, l’extravagance de cet assemblage, qui seule est une raison d’en nier l’existence, en est une pour vous de l’admettre sans daigner la constater. Cet homme est trop coupable pour mériter d’être entendu ; il est trop hors de la nature pour qu’on puisse douter qu’il existe. Que pensez-vous de ce raisonnement ? C’est pourtant le votre ; ou du moins celui de vos Messieurs.

Vous m’assurez que c’est par leur grande bonté, par leur excessive bienveillance qu’ils lui épargnent la honte de se voir démasque. Mais une pareille générosité ressemble fort à la bravoure des fanfarons, qu’ils ne montrent que péril. Il me semble qu’à leur place, & malgré toute ma pitié, j’aimerois mieux encore être ouvertement juste & sévère que trompeur & fourbe par charité, & je vous répéterai toujours que c’est une trop bizarre bienveillance que celle qui faisant porter à son malheureux objet, avec tout le poids de la haine tout l’opprobre de la dérision, ne s’exerce qu’à lui ôter, innocent ou coupable, tout moyen de s’y dérober. J’ajouterai