Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/144

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varier selon les tems les gens les occasions, ceux envers nous-mêmes ne varient point ; & je ne puis penser que celui qui ne se croit pas oblige d’être honnête homme avec toute le monde le soit jamais avec qui que ce soit.

Mais sans insister sûr ce point davantage, allons plus loin. Passons au dénonciateur d’être un lâche & un traître sans néanmoins être un imposteur, & aux juges d’être menteurs & dissimulés sans néanmoins être iniques. Quand cette maniere de procéder seroit aussi juste & permise qu’elle est insidieuse & perfide, quelle en seroit l’utilité dans cette occasion pour la fin que vous alléguez ? Ou donc est la nécessite, pour faire grace à un criminel, de ne pas l’entendre ? Pourquoi lui cacher à lui seul avec tant de machines & d’artifices ses crimes qu’il doit savoir mieux que personne, s’il est vrai qu’il les ait commis ? Pourquoi fuir pourquoi rejetter avec tant d’effroi la maniere la plus sure la plus juste la plus raisonnable & la plus naturelle de s’assurer de lui sans lui infliger d’autre peine que celle d’un hypocrite qui se voit confondu ? C’est la punition qui naît le mieux de la chose, qui s’accorde le mieux avec la grace qu’on veut lui faire, avec les sûretés qu’on doit prendre pour l’avenir, & qui seule prévient deux grands scandales, savoir celui de la publication des crimes & celui de leur impunité. Vos Messieurs allèguent néanmoins pour raison de leurs procèdes frauduleux le soin d’éviter le scandale. Mais si le scandale consiste essentiellement dans la publicité, je ne vois point celui qu’on évite en cachant le crime au coupable qui ne peut l’ignorer, & n’en le divulgant parmi tout le reste des hommes qui n’en savoient rien. L’air de mystère & de réserve qu’on met a