Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/178

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me connoître assez. Venez donc pour la rareté du fait. Mais que me voulez-vous, & pourquoi me parler de mes livres ? Si les ayant lus ils ont pu vous laisser en doute sur les sentimens de l’Auteur, ne venez pas : en ce cas je ne suis pas votre homme, car vous ne sauriez être le mien."

La conformité de cette réponse avec mes idées ne ralentit pas mon zele. Je vole à lui, je le vois..... Je vous l’avoue ; avant même que je l’abordasse, en le voyant j’augurai bien de mon projet.

Sur ces portraits de lui si vantes qu’on étale de toutes parts & qu’on prônoit comme des chefs-d’œuvre de ressemblance avant qu’il revint à Paris, je m’attendois à voir la figure du cyclope affreux comme celui d’Angleterre ou d’un petit Crispin grimacier comme celui de Fiquet, & croyant trouver sur son visage les traits du caractere que tout le monde lui donne, je m’avertissois de me tenir en garde contre une premiere impression si puissante toujours sur moi, & de suspendre malgré ma répugnance, le préjugé qu’elle alloit m’inspirer.

Je n’ai pas eu cette peine. Au lieu du féroce ou doucereux aspect auquel je m’étois attendu, le n’ai vu qu’une physionomie ouverte & simple qui promettoit & inspiroit de la confiance & de la sensibilité.

Le François.

Il faut donc qu’il n’ait cette physionomie que pour vous ; car généralement tous ceux qui l’abordent se plaignent de son air froid & de son accueil repoussant, dont heureusement ils ne s’embarrassent gueres.