Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/179

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Rousseau.

Il est vrai que personne au monde ne cache moins que lui l’éloignement & le dédain pour ceux qui lui en inspirent. Mais ce n’est point-la son abord naturel quoiqu’aujourd’hui très-fréquent, & cet accueil dédaigneux que vous lui reprochez est pour moi la preuve qu’il ne se contrefait pas comme ceux qui l’abordent, & qu’il n’y a point de fausseté sur son visage non plus que dans son cœur.

J. J. n’est austèrement pas un bel homme. Il est petit & s’apetisse encore baissant la tête. Il a la vue courte, de petits yeux enfoncés, des dents horribles, ses traits, altérés par l’age, n’ont rien de sort régulier : mais tout dément en lui l’idée que vous m’en aviez donnée ; ni le regard ni le son de la voix ni l’accent ni le maintien ne sont du monstre que vous m’avez peint.

Le François.

Bon ! n’allez-vous pas le dépouiller de ses traits comme de ses livres ?

Rousseau.

Mais, tout cela va très-bien ensemble & me paroîtroit assez appartenir au même homme. Je lui trouve aujourd’hui les traits du Mentor d’Emile. Peut-être dans sa jeunesse lui aurois-je trouve ceux de St. Preux. Enfin je pense que si sous sa physionomie la nature à cache l’ame d’un scélérat, elle ne pouvoit en effet mieux la cacher.

Le François.

J’entends ; vous voila livre en sa faveur au même préjugé