Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/219

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plus qu’il ne faudroit peut-être, mais pas assez pour n’être que cela. On dit du mal de ceux qui le sont. Cependant ils suivent dans toute sa simplicité l’instinct de la nature qui nous porte à rechercher ce qui nous flatte & à fuir ce qui nous répugne : je ne vois pas quel mal produit un pareil penchant. L’homme sensuel est l’homme de la nature ; l’homme réfléchi est celui de l’opinion ; c’est celui-ci qui est dangereux. L’autre ne peut jamais l’être quand même il tomberoit dans l’excès. Il est vrai qu’il faut borner ce mot de sensualité à l’acception que je lui donne, & ne pas l’étendre à ces voluptueux de parade qui se sont une vanité de l’être, ou qui pour vouloir passer les limites du plaisir tombent dans la dépravation, ou qui, dans les rafinemens du luxe cherchant moins les charmes de la jouissance que ceux de l’exclusion, dédaignent les plaisirs dont tout homme à le choix, & se bornent à ceux qui sont envie au peuple.

J. J. esclave de ses sens ne s’affecte pas néanmoins de toutes les sensations, & pour qu’un objet lui fasse impression il faut qu’à la simple sensation se joigne un sentiment distinct de plaisir ou de peine qui l’attire ou qui le repoussé. Il en est de même des idées qui peuvent frapper son cerveau ; si l’impression n’en pénètre jusqu’à son cœur, elle est nulle. Rien d’indifférent pour lui ne peut rester dans sa mémoire, & à peine peut-on dire qu’il apperçoive ce qu’il ne fait qu’appercevoir. Tout cela fait qu’il n’y eut jamais sur la terre d’homme moins curieux des affaires d’autrui, & de ce qui ne le touche en aucune sorte, ni de plus mauvais observateur quoiqu’il ait cru long-tems en être un très-bon, parce qu’il croyoit toujours