Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/221

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ne dise & ne fasse jamais de choses répréhensibles ? L’homme ruse qui ne se montre que tel qu’il veut qu’on le voye, n’en paroît point faire & n’en dit jamais, du moins en public ; mais défions-nous des gens parfaits. Même indépendamment des imposteurs qui le défigurent J. J. eut toujours difficilement paru ce qu’il vaut, parce qu’il ne sait pas mettre son prix en montre, & que sa mal-adresse y met incessamment ses défauts. Tels sont en lui les effets bons & mauvais de la sensibilité physique.

Quant à la sensibilité morale, je n’ai connu aucun homme qui en fut autant subjugue, mais c’est qu’il faut s’entendre : car je n’ai trouve en lui que celle qui agit positivement, qui vient de la nature & que j’ai ci-devant décrite. Le besoin d’attacher son cœur, satisfait avec plus d’empressement que de choix, à cause tous les malheurs de sa vie ; mais quoiqu’il s’anime assez fréquemment & souvent très-vivement, je ne lui ai jamais vu de ces démonstrations affectées & convulsives, de ces singeries à la mode dont on nous fait des maladies de nerfs. Ses émotions s’apperçoivent quoiqu’il ne s’agite pas : elles sont naturelles & simples comme son caractere ; il est parmi tous ces énergumenes de sensibilité, comme une belle femme sans rouge qui n’ayant que les couleurs de la nature paroir pale au milieu des visages fardes. Pour la sensibilité répulsive qui s’exalte dans la société, ( & dont je distingue l’impression vive & rapide du premier moment qui produit la colere & non pas la haine,) je ne lui en ai trouve des vestiges que par le cote qui tient à l’instinct moral ; c’est-à-dire que la haine de l’injustice