Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/224

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c’est en vain que les actions nobles & belles sont quelques instans dans son courage, la paresse & la timidité qui succèdent bientôt le retiennent l’anéantissant, & voilà comment avec des sentimens quelquefois élevés & grands, il fut toujours petit & nul par sa conduite.

Voulez -vous donc connoître à fond sa conduite ses mœurs ? Etudiez bien ses inclinations & ses goûts ; cette connoissance vous donnera l’autre parfaitement ; car jamais homme ne se conduisit moins sur des principes & des regles, & ne suivit plus aveuglement ses penchans. Prudence, raison, précaution, prévoyance ; tout cela ne sont pour lui que des mots sans effet. Quand il est tente, il succombe ; quand il ne l’est pas, il reste dans sa langueur. Par-là vous voyez que sa conduite doit être inégale & sautillante, quelques instans impétueuse, presque toujours molle ou nulle. Il ne marche pas ; il fait des bonds & retombe à la même place, son activité même ne tend qu’à le ramener à celle dont la force des choses le tire, & s’il n’étoit pousse que par son plus constant désir, il resteroit toujours immobile. Enfin jamais il n’exista d’être plus semble à l’émotion & moins forme pour l’action.

J. J. n’a pas toujours fui les hommes, mais il a toujours aime la solitude. Il se plaisoit avec les amis qu’il croyoit avoir, mais il se plaisoit encore plus avec lui-même. Il chérissoit leur société ; mais il avoir quelquefois besoin de se recueillir, & peut-être eut-il encore mieux aime vivre toujours seul que toujours avec eux. Son affection pour le roman de Robinson m’a fait juger qu’il ne se fut pas cru si malheureux que lui, confine dans son Isle déserte, Pour un homme sensible,