Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/234

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l’action mais dans la résistance ; toutes les puissances de l’univers ne seroient pas fléchir un instant les directions de sa volonté. L’amitié seule eut eu le pouvoir de l’égarer, il est a l’épreuve de tout le reste. Sa foiblesse ne consiste pas à se laisser détourner de son but, mais à manquer de vigueur pour l’atteindre & à se laisser arrêter tout court par le premier obstacle qu’elle rencontre, quoique facile à surmonter. Jugea si ces dispositions le rendroient propre à faire son chemin dans le monde ou l’on ne marche que par zig-zag ?

Tout a concouru des ses premieres années à détacher son ame des lieux qu’habitoit son corps pour l’élever & la fixer dans ces régions éthérées dont je vous parlois ci-devant. Les hommes illustres de Plutarque furent sa premiere lecture dans un age ou rarement les enfans savent lire. Les traces de ces hommes antiques firent en lui des impressions qui jamais n’ont pu s’effacer. À ces lectures succéda celle de Cassandre & des vieux Romans qui, tempérant sa fierté romaine, ouvrirent ce cœur naissant à tous les sentimens expansifs & tendres auxquels il n’étoit déjà que trop dispose. Des-lors il se fit des hommes & de la société des idées romanesques & dont tant d’expériences funestes n’ont jamais bien pu le guérir. Ne trouvant rien autour de lui qui réalité ses idées, il quitta si patrie encore jeune adolescent, & se lança dan, le monde avec confiance, y cherchant les Aristides les Lycurgues & les Astrées dont il le croyoit rempli. Il passa sa vie à jetter son cœur dans ceux qu’il crut s’ouvrir pour le recevoir, à croire avoir trouve ce qu’il cherchoit, & à se désabuser. Durant sa jeunesse il trouva des ames bonnes & simples, mais sans chaleur