Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/273

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mêmes heures, sans le vouloir & sans le savoir. Tous les jours sont jettes au même moule ; c’est le même jour toujours répété ; sa routine lui tient lieu de toute autre regle : il la suit très-exactement sans y manquer & sans y songer. Cette molle inertie n’influe pas seulement sur ses actions indifférentes, mais sur toute si conduite, sur les affections mêmes de son cœur, & lorsqu’il cherchoit si passionnément des liaisons qui lui convinssent, il n’en forma réellement jamais d’autres que celles que le hasard lui présenta. L’indolence & le besoin d’aimer ont donne sur lui un ascendant aveugle à tout ce qui l’approchoit. Une rencontre fortuite, l’occasion, le besoin du moment, l’habitude trop rapidement prise, ont détermine tous les attachemens & par eux toute sa destinée. En vain son cœur lui demandoit un choix, son humeur trop facile ne lui en laissa point faire. Il est peut-être le seul homme au monde des liaisons duquel on ne peut rien conclure ; parce que son propre goût n’en forma jamais aucune, & qu’il se trouva toujours subjugue avant d’avoir eu le tems de choisir. Du reste l’habitude ne finit point en lui par l’ennui. Il vivroit éternellement du même mets, répéteroit sans cesse le même air, reliroit toujours le même livre, ne verroit toujours que la même personne. Enfin le ne l’ai jamais vu se dégoûter d’aucune chose qui une fois lui eut fait plaisir.

C’est par ces observations & d’autres qui s’y rapportent, e’est par l’étude attentive du naturel & des goûts de l’individu, qu’on apprend à expliquer les singularités de sa conduite, & non par des fureurs d’amour-propre qui rongent les cœurs de ceux qui le jugent sans avoir jamais approche du sien. C’est