Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/275

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du cote de l’aisance telle précisément qu’il la faut à son humeur. Libre des chaînes de la fortune, il jouit avec modération de tous les biens réels qu’elle donne ; il a retranche ceux de l’opinion, qui ne sont qu’apparens & qui sont les plus couteaux. Plus pauvre il sentiroit des privations des souffrances ; plus riche il auroit l’embarras des richesses, des soucis, des affaires, il faudroit renoncer à l’incurie, pour lui la plus douce des voluptés : en possédant davantage il jouiroit beaucoup moins.

Il est vrai qu’avance déjà dans la vieillesse il ne peut espérer de vaquer long-tems encore à son travail, sa main déjà tremblotante lui refuse un service aise, sa note se déforme, son activité diminue, il fait moins d’ouvrage & moins bien dans plus tems, un moment viendra *

[*Un autre inconvénient très-grave me forcera d’abandonner enfin ce travail, quel d’ailleurs la mauvaise volonté du publie me rend plus onéreux qu’utile. C’est l’abord fréquent de Quidams étrangers ou inconnus qui s’introduisent chez moi sous ce prétexte, & qui savent ensuite s’y cramponner malgré moi sans que je puisse pénétrer leur dessein.] s’il vieillit beaucoup qui, lui ôtant les ressources qu’il s’est ménagées le forcera défaire un tardif & dur apprentissage d’une frugalité bien austère. Il ne doute pas même que vos Messieurs n’ayent déjà pour ce tems qui s’approche & qu’ils sauront peut-être accélérer, un nouveau plan de bénéficence, c’est-à-dire, de nouveaux moyens de lui faire manger le pain d’amertume & boire la coupe d’humiliation. Il sent & prévoit très-bien tout cela, mais si près du terme de la vie il n’y voit plus un fort grand inconvénient. D’ailleurs comme cet inconvénient est inévitable,