Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/276

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c’est folie de s’en tourmenter, & ce seroit s’y précipiter d’avance que de chercher à le prévenir. Il pourvoit au présent en ce qui dépend de lui, & laisse le soin de l’avenir à la providence.

J’ai donc vu J. J. livre tout entier aux occupations que je viens de vous décrire, se promenant toujours seul, pensant peu, rêvant beaucoup ; travaillant presque machinalement, sans cesse occupe des mêmes choses sans s’en rebuter jamais ; enfin plus gai, plus content, se portant mieux en menant cette vie presque automate, qu’il ne fit tout le tems qu’il consacra si cruellement pour lui & si peu utilement pour les autres, au triste métier d’Auteur.

Mais n’apprécions pas cette conduire au-dessus de sa valeur. Des que cette vie simple & laborieuse n’est pas jouée, elle seroit sublime dans un célébré écrivain qui pourroit s’y réduire. Dans J. J. elle n’est que naturelle, parce qu’elle n’est l’ouvrage d’aucun effort, ni celui de la raison, mais une simple impulsion du tempérament détermine par la nécessité. Le seul mérite de celui qui s’y livre est d’avoir cede sans résistance au penchant de la nature, & de ne s’être pas laisse détourner par une mauvaise honte ni par une sotte vanité. Plus j’examine cet homme dans le détail de l’emploi de ses journées, dans l’uniformité de cette vie machinale, dans le goût qu’il paroir y prendre, dans le contentement qu’il y trouve, dans l’avantage qu’il en tire pour son humeur & pour sa santé ; plus je vois que cette maniere de vivre étoit celle pour laquelle il étoit ne. Les hommes, le figurant toujours à leur mode en ont fait tantôt un profond génie, tantôt un petit charlatan,