Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/309

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Les dispositions d’ordinaire annoncent l’inclination & réciproquement. Cela est encore vrai chez J. J. Je n’ai vu nul homme aussi passionne que lui pour la musique, mais seulement pour celle qui parle à son cœur ; c’est pourquoi il aime mieux en faire qu’en entendre, sur-tout à Paris, parce qu’il n’y en a point d’aussi bien appropriée à lui que la sienne. Il la chante avec une voix foible & cassée, mais encore animée & douce ; il l’accompagne non sans peine, avec des doigts tremblans, moins par l’effet des ans que d’une invincible timidité. Il se livre à cet amusement depuis quelques années avec plus d’ardeur que jamais, & il est aise de voir qu’il s’en fait une aimable diversion à ses peines. Quand des sentimens douloureux affligent son cœur, il cherche sur son clavier les consolations que les hommes lui refusent. Sa douleur perd ainsi sa sécheresse & lui fournit à la fois des chants & des larmes. Dans les rues il se distrait des regards insultans des passans en cherchant des airs dans sa tête ; plusieurs romances de sa façon d’un chant triste & languissant mais tendre & doux n’ont point eu d’autre origine. Tout ce qui porte le même caractere lui plaît & le charme. Il est passion pour le chaut du rossignol, il aime les gémissemens de la tourterelle & les a parfaitement imites dans l’accompagnement d’un de ses airs : les regrets qui tiennent à l’attachement l’intéressent. Sa passion la plus vive & la plus vaine étoit d’être aime ; il croyoit se sentir fait pour l’être : il satisfait du moins cette fantaisie avec les animaux. Toujours il prodiga son tems & ses soins à les attirer à les caresser ; il étoit l’ami presque l’esclave de son chien de sa chatte de ses sereins : il avoit des pigeons qui le