Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/312

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J’éviterai d’être diffus, évitez si vous pouvez d’être impatient.

Je commence par vous accorder pleinement votre conséquence, & je conviens franchement que votre J. J. & celui de nos Messieurs ne sauroient être le même homme. L’un, j’en conviens encore, semble avoir été fait à plaisir pour le mettre en opposition avec l’autre. Je vois même entr’eux des incompatibilités qui ne frapperoient peut -être nul autre que moi. L’empire de l’habitude & le goût du travail manuel sont par exemple à mes yeux des choses inalliables avec les noires, & fougueuses passions des mechans, & je réponds que jamais un détermine scélérat ne sera de jolis herbiers en miniature & n’écrira dans six ans huit mille pages de musique.*

[* Ayant fait une partie de ce calcul d’avance & seulement par comparaison, j’ai mis tout trop au rabais, & c’est ce que je découvre bien sensiblement à mesure que j’avance dans mon registre, puisqu’au bout de cinq ans & demi seulement j’ai déjà plus de neuf mille pages bien articulées, & sur lesquelles on ne peut contester.] Ainsi des la premiere esquisse nos Messieurs & vous ne pouvez vous accorder. Il y a certainement erreur ou mensonge d’une des deux parts ; le mensonge n’est pas de la votre, j’en suis très-sur ; mais l’erreur y peut être. Qui m’assurera qu’elle n’y est pas en effet ? Vous accusez nos Messieurs d’être prévenus quand ils le décrient, n’est-ce point vous qui l’êtes quand vous l’honorez ? Votre penchant pour lui rend ce doute très-raisonnable. Il faudroit, pour démêler surement la vérité, des observations impartiales, & quelques précautions que vous ayez prises, les votres ne le sont pas plus que les leurs. Tout le monde, quoique vous en puissiez dire, n’est pas entre dans