Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/314

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vu par tout le monde ne sauroit l’être. Cet homme en qui vous trouvez une modestie une timidité de vierge est si bien connu pour un satyre plein d’impudence, dans les maisons même ou l’on tâchoit de l’attirer à son arrivée à Paris, on faisoit, des qu’il paroissoit, retirer la fille de la maison, pour ne pas l’exposer à la brutalité de ses propos & de ses manieres. Cet homme qui vous paroît si doux si sociable fuit tout le monde sans distinction, dédaigne toutes les caresses, rebute toutes les avances, & vit seul comme un loup-garou. Il se nourrit de visions, selon vous, & s’extasie avec des chimères : mais s’il méprise & repousse les humains, si son cœur se ferme à leur société, que leur importe celle que vous lui prêtez avec des êtres imaginaires ? Depuis qu’on s’est avise de l’éplucher avec plus de soin, on l’a trouve non-seulement différent de ce qu’on le croyoit, mais contraire à tout ce qu’il prétendoit être. Il se disoit honnête modeste, on l’a trouve cynique & débauche ; il se vantoit de bonnes mœurs, & il est pourri de vérole ; il se disoit désintéressé, & il est de la plus basse avidité ; il se disoit humain compatissant, il repousse durement tout ce qui lui demande assistance ; il se disoit pitoyable & doux, il est cruel & sanguinaire ; il se disoit charitable, & il ne donne rien à personne ; il se disoit liant facile à subjuguer, & il rejette arrogamment toutes les honnêtetés dont on le comble. Plus on le recherche, plus on en est dédaigne : on a beau prendre en l’accostant, un air beat un ton patelin dolent lamentable, lui écrire des lettres à faire pleurer, lui signifier net qu’on va se tuer à l’instant si l’on n’est admis, il n’est ému de rien, il seroit homme à